Vous avez trouvé un appartement à Sanary, le prix semble correct, et vous avez regardé la cuisine, la vue et l’état des peintures. Avez-vous regardé le linteau au-dessus de la baie vitrée du séjour ? Moi si, systématiquement, et c’est souvent là que je vois arriver les mauvaises nouvelles.
Un linteau béton est la poutre qui reprend les charges au-dessus d’une ouverture et les redistribue vers les maçonneries d’appui de part et d’autre. Tant qu’il travaille correctement, il est invisible. Quand il ne travaille plus correctement, il le fait savoir avec des fissures obliques partant des angles de la baie.
Ce qu’un linteau béton doit reprendre
Le réflexe du bricoleur est de raisonner en portée : plus l’ouverture est large, plus il faut de matière. C’est vrai mais très insuffisant. Un linteau se calcule sur trois entrées.
La portée libre, d’abord, c’est-à-dire la largeur de l’ouverture entre tableaux. Ensuite la charge descendante, qui dépend de ce qu’il y a au-dessus : simple mur de remplissage, plancher d’étage, panne de charpente, mur porteur d’un niveau supplémentaire. Enfin la longueur d’appui de chaque côté, qui conditionne la transmission effective vers la maçonnerie.
Un linteau de 2,40 m sous un simple mur pignon en parpaing et le même linteau sous un plancher hourdis chargé d’un étage n’ont rien à voir en section d’acier, alors que la portée est identique. C’est cette confusion qui produit les sinistres.
Les longueurs d’appui, poste le plus souvent bâclé
La règle de base, tirée de la pratique courante en maçonnerie et reprise dans le DTU 20.1, est un appui minimal de 20 cm de chaque côté pour une ouverture jusqu’à 1,50 m, et au moins 25 à 30 cm au-delà. Sur des ouvertures larges ou fortement chargées, on va au-delà, et il faut vérifier que la maçonnerie d’appui elle-même est capable d’encaisser la descente de charge concentrée.
Sur un chantier à Ollioules, j’ai trouvé un linteau préfabriqué de 3 mètres posé avec 12 cm d’appui d’un côté, parce que le maçon avait tapé dans un jambage existant qu’il ne voulait pas démolir. Le linteau tenait. C’est la maçonnerie sous l’appui qui s’était écrasée, avec un tassement de quelques millimètres suffisant pour fissurer tout le doublage intérieur.
Coulé en place, préfabriqué ou prélinteau
Trois familles, trois logiques de chantier et trois budgets.
Le linteau coulé en place dans un coffrage sur mesure permet toutes les sections et tous les ferraillages. C’est la solution des ouvertures larges ou fortement chargées. Il faut un coffrage, un étaiement maintenu jusqu’à 21 jours pour une portée importante, et une équipe qui sait positionner les aciers avec l’enrobage réglementaire. Comptez 250 à 450 euros du mètre linéaire posé sur le littoral, selon la section.
Le linteau préfabriqué en béton armé arrive fini du négoce. Rapide, régulier, économique pour des portées jusqu’à 2 à 3 mètres et des charges courantes. De 60 à 150 euros du mètre linéaire selon la section, hors pose et hors levage. Attention au poids : un modèle de 3 m en 20×20 dépasse les 250 kg, ce qui exclut la pose à la main.
Le prélinteau, ou linteau à réaliser, est un élément en béton précontraint mince que l’on pose puis que l’on complète par un chaînage coulé au-dessus. Souple et léger, il demande en revanche une exécution rigoureuse de la partie coulée, faute de quoi on obtient un élément qui n’a pas la résistance annoncée.
Quand une étude de structure devient obligatoire
Dès que l’ouverture est créée ou agrandie dans un mur porteur, la question n’est plus de choisir un linteau au catalogue mais de faire calculer la descente de charges. Le coût d’une note de calcul par un bureau d’études structure se situe entre 400 et 900 euros pour une ouverture simple en maison individuelle, davantage en immeuble collectif où il faut aussi vérifier la stabilité générale.
Cette dépense en paraît une de trop quand on a déjà un devis de maçon en main. Elle est dérisoire comparée au coût d’une reprise en sous-œuvre après désordre, qui démarre à 15 000 euros et n’a pas de plafond. Et sans note de calcul, l’assurance décennale de l’entreprise peut être contestée.
Point de vigilance : le linteau existant que vous n’avez pas vu
Dans le bâti d’avant 1950 en Provence, le linteau au-dessus des ouvertures est souvent en bois, parfois un simple madrier posé sur les jambages. Il a très bien pu tenir cent ans. Il ne tiendra pas si vous chargez le mur au-dessus, par exemple en remplaçant une toiture légère par une terrasse accessible, ou si l’humidité a travaillé le bois en pied d’appui.
Le signe qui doit vous alerter à la visite : une fissure oblique à 45 degrés partant d’un angle supérieur de la baie et remontant vers le plafond, plus une porte ou une fenêtre qui frotte dans son dormant. Pris ensemble, ces deux indices signalent un mouvement, pas un défaut de peinture.
Ce qu’un particulier peut faire
Poser un prélinteau dans une cloison de distribution non porteuse, oui, avec de la méthode et un étai. Ouvrir dans un mur porteur, non. Ce n’est pas la pose qui est difficile, c’est l’étaiement provisoire pendant la démolition, et c’est exactement le moment où les accidents graves arrivent.
Si vous en êtes à comparer des devis d’ouverture, exigez que l’étaiement provisoire figure comme une ligne chiffrée. Une entreprise qui ne le facture pas ne l’a pas prévu. Pour les matériaux du doublage qui viendra ensuite, voyez l’article sur le fermacell, et pour les autres sujets de structure, la rubrique Travaux de gros œuvre.